Tel un conseiller au royaume de la santé mentale, je rencontre souvent des gens au pire moment de leur vie. Je passe mon temps à écouter et à conseiller des gamins donc l'un des parents est mort, des adolescents qui prennent des rasoirs pour se scarifier et oublier leur douleur psychologique, et des parents qui ne savent plus comment faire pour réconcilier leur famille. Quand ces gens entrent dans mon bureau, je vois leurs émotions sur leurs visages et dans les mouvements de leur corps. Ces émotions sont de toutes sortes, et souvent extérieures. Le désespoir, la détresse, la colère, la frustration et le dégoût sont les visiteurs quotidiens dans mon monde. Mon boulot c'est de leur donner de l'aide et une voie à suivre, en permettant à l'espoir et le mérite personnel d’entrer de nouveau dans leur esprit fragile.
Mais ensuite je m’assois à une table de poker. Je ne suis plus là pour aider, je ne suis plus un conseiller, je ne suis plus un thérapeute. Je suis un adversaire. Soudain, les émotions et les défauts de la personnalité que les autres essaient de surmonter grâce à mon aide deviennent, ironiquement, mes alliés.
Mon dernier voyage à Atlantic City en est un bon exemple. Un groupe de gars d’une vingtaine d'années, un peu rudes, se sont rués à l’accueil de la salle de poker. Ils parlaient fort en passant en revue la liste des différents jeux, chacun débattant de celui auquel il allait jouer la nuit. J’étais déjà confortablement installé à une table de cash game de No Limit Hold'em assez lente, mais j’étais prêt à jouer n'importe où si je sentais que j'aurais l'avantage. J’ai vu l’homme que j'étais sûr de pouvoir plumer: un mec grand et maigre qui était à l'arrière du groupe de petits voyous de l'université. Même s’il était avec eux, il traînait timidement derrière ses copains. Alors que ses amis criaient plus fort les uns que les autres et débattaient à propos du jeu qu’ils allaient choisir, il regardait vers le bas et ses épaules étaient repliées. J’ai pu cerner sa personnalité facilement, même entre les mains que je jouaient à ce moment là. Il n’avait pas confiance en lui, et doutait qu’il puisse gagner au poker (ou dans la vie). C’était un suiveur, jamais un leader. C’était évident qu’il était mal à l’aise en entrant dans la salle, et je savais qu’il aurait été complètement perdu face à une relance une fois à la table. Alors que les jeunes se dirigeaient vers leurs sièges respectifs, j’ai tout de suite demandé à m’asseoir à la table de ce personnage doucet.
Il a fallu un peu de temps pour qu’une place se libère à sa table de Limit Hold’em. Je me suis concentré pour l’analyser (et ses nouveaux compagnons à la table) de loin, en sachant que je jouerais bientôt à cette table. Mes observations sur son jeu ont seulement consolidé mon premier pressentiment. Alors qu’on m’appelait pour aller à la table, j’ai un peu ri dans ma barbe. Ce mec aurait bien pu être facilement un client. Je pouvais m’imaginer travailler avec lui pour qu’il devienne sûr de lui.
Au lieu de ça, je jouais le rôle d’un prédateur au poker, en essayant d’exploiter les instabilités que j’aurais essayé de réparer en temps normal. Maintenant j’aurais dû en fait faire l’inverse – j’aurais dû encourager une attitude défaitiste en retournant sa faiblesse contre lui.
Par le passé, j’essayais de justifier de tels actes. J’essayais de me convaincre que j’avais une sorte de « droit » à gagner leur argent et exploiter leurs défauts psychologiques. Des fois je pensais que je « leur donnais une bonne leçon ». D’autres fois j’essayais de calmer mon esprit critique en donnant quelques mots d’encouragement et en aidant les joueurs qui perdaient.
Je ne me sens plus obligé de faire ces petits efforts pour éviter de me sentir coupable. Cela était motivé seulement par mon besoin de remplir mon rôle de conseiller. Maintenant, je me dis que mes capacités en psychologie remplissent deux rôles opposés. Dans mon travail, je m’en sers pour aider, encourager et guider. Au poker, je les utilise pour lire mes adversaires, pour attaques les joueurs passifs et pour influencer leur jeu.
Mon grand et maigre adversaire était facile à manipuler comme je l’avais prévu. J’étais assis à côté de lui et j’ai tout de suite essayé d’engager la conversation. Ses réponses étaient rapides et quasi inaudibles. Il regardait rarement les autres joueurs à la table. Il pensait trop à ce qu’il allait faire, ce qui le poussait sûrement à jeter les mains qu’il aurait jouées. J’essayais de rentrer dans presque tous les coups où il était. J’ai travaillé pour l’isoler et je l’ai attaqué. Comme il prenait du temps à réfléchir à ce qu’il faisait, j’ai commencé à parler sans cesse. Je le poussais indirectement à le faire suivre ou relancer. Mais je faisais simplement confiance à son évidente instabilité. Il voulait éviter la confrontation. Il n’avait pas confiance en ses capacités ou en lui. Inévitablement, il se coucherait pour faire tomber la pression psychologique que je lui infligeais. Un joueur expérimenté à la table a suivi ma tactique et lui a aussi mis la pression à chaque fois qu’une occasion se présentait.
Les personnalités au poker sont les sont dans le prolongement de notre vraie personnalité. Les gens faibles et qui ont peu confiance en eux en dehors des tables sont faciles à repérer à la table. Ceux qui sont trop sûrs d’eux et affiche un ego surdimensionné à l’extérieur seront faciles à voir repérer aussi, tout comme le fait qu’ils seront certainement susceptibles de devenir « tilt » et de jouer large. Le poker est le dernier jeu d’intellect, de chance ET de psychologie. La chance est hors de notre contrôle. Vous pouvez vous forger une connaissance et une intelligence au poker en lisant des livres, des magazines et avec votre expérience du jeu. Maîtriser le pouvoir de la psychologie au poker est l’étape finale (et la plus difficile) qui vous mènera au prochain niveau de jeu. Pensez à ce qu’il vous faut pour y arriver et faites en sorte d’y arriver.
In addition to being a poker columnist and lecturer, John is a National Certified Counselor (NCC). He has a Master of Arts degree in Counseling from West Virginia University, and a Bachelor’s degree in Psychology with a minor in Sociology from Lock Haven University. You can arrange for interviews, speaking engagements, or find out more about the psychology of poker by emailing carlisle14@hotmail.com.
| Commentez | Traduction |












